L’enfer vert.

12 juin 2012

Comment partir dans la jungle, et éventuellement y survivre.  Attention : accents boliviens.

D’abord, on a dü choisir une agence, pour qu’elle nous mette en relation avec un guide. On en a vu cinq, parce qu’on avait décidé d’arrëter de prendre la premiére et de nous faire arnaquer. C’est quand mëme plus valorisant de se faire avoir par la cinquiëme. On a quand mëme eu du bol parce que le gars de la cinquiëme, il venait juste de rouvrir son agence aprés condamnation, donc il essayait un peu de se racheter une conduite. Et c’est vrai qu’on est partis juste á deux, et qu’on a eu deux guides. Des conditions pas trop mal quoi, on peut espérer que les jaguars aient assez á manger avec les guides et ne s’attaquent pas aux touristes. Le lendemain, on a pris le bateau et on est allés á la rencontre de nos guides dans une communauté (une communauté, c’est comme une ville, mais en vachement plus petit, et sans tous les services de l’état. Les Indiens vivent dans des communauté, oú il y a rarement une police. Mais vous inquiétez pas : Daniel nous disait á Coroico : » ici, on est gentils, les voleurs, on les fouette á coup de palme, dans l’Alti Plano, ils les lynchent. » C’est vrai).

Lá, Sandro et Lydia nous ont accueillis, préparé á manger. Aprés ils ont dit au revoir á leurs filles, en dix secondes á peine (c’est la mére d’Adi qui aurait été épatée), et ils nous ont emmené chez Mowgli. La premiére journée s’est plutöt bien passée : il faisait beau, du moins, on pouvait parfois entr’apercevoir un rayon de soleil traverser la couverture des arbres, on était en forme, contents de marcher dans l’impitoyable nature, et de nous reconnecter á nos cerveaux primitifs (mëme si je suis resté trés proche du mien selon certaine). On était juste un peu surpris, parce qu’on pensait pas que la jungle serait á ce point monochrome, et puis on appris á distinguer les multiples et merveilleuses nuances de vert, et c’est tout un nouvel univers qui s’est offert á nous. Enfin, offert, j’exagére un peu. La jungle n’est pas toujours accueillante : les arbres portent des épines, les lianes aussi, le sol est glissant (non, je suis pas tombé, enfin pas trop), c’est plus facile de se déplacer pour un Bolivien (ils sont moins grands), il y a des insectes partout, et je parle pas que des moustiques, il y a aussi des gros scarabées verts qui foncent á toute vitesse en faisant plein de bruit, des termites, des fourmis qui coupent, des fourmis qui piquent, des fourmis sodats, des fourmis qui volent…

Un monde nouveau, attrayant et plein de dangers (oui, je viens de lire un marc Lévy, c’est pas ma faute) ; souvent Sandro, qui marchait devant, s’arrëtait. On comprenait jamais bien pourquoi au début. Puis, il pointait son doigt et nous montrait un amas vert au loin, sur un fond vert. Lá, on avait deux solutions : soit on hochait la tëte en faisant semblant d’avoir vu ce qu’il désignait, soit on passait un quart d’heure á écarquiller les yeux. C’est comme ca qu’on a pu voir des singes, des capucins et d’autres dont je sais plus le nom, des aras, des toucans, un oiseau préhistorique. Parfois aussi, il nous disait de courir. C »était pas parce qu’on avait croisé un jaguar, c’était parce qu’on était sur le chemin des fourmis. Puis, il fut quatre heures trente, et la forët primaire commenca á connaïtre l’obscurité : les rayons d’un soleil déclinant ne parvenaient plus á trouver leur chemin á travers l’épais manteau de la jungle.Si nous ne voulions pas nous trouver á la merci de la nuit et des multiples prédateurs qui la peuplaient, il nous fallait monter le camp. L’agence nous avait prëté une tente. Il n’y manquait que le paroi externe, celle qui empëche la pluie d’entrer. On a mis une bäche comme on a pu, et Sando nous a dit que de toute facon, il pleuvait jamais, la nuit, dans la jungle. Aprés, il a souri.

Et il a fallu faire le feu. D’abord, vous me connaissez, j’ai voulu aider Sandro á trouver du bois. Je me disais que c’était facile, dans une jungle, quand mëme. J’ai donc ramassé du bois, que j’ai apporté á Sandro, l’oeil avide de reconnaissance. Il en a pas voulu. Trop humide. Je lui en ai apporté d’autre. Pareil. Je me suis assis, et je l’ai regardé faire: Alors, pour info : il faut déjá ramasser du bois qui a l’air sec. Ensuite faut le gratter un peu au couteau pour voir s’il est sec á l’intérieur, et enfin le sucer un peu pour vérifier s’il est vraiment sec, ou si on en tire un peu de liquide. Enfin, c’est ce que j’ai cru comprendre. Lidia a fait le repas, on a fait la vaisselle, et on s’est couché. Il était bien 18h30, on était crevés.

Le lendemain, la journée a bien commencé : il faisait pas trop humide, on a pu se baigner dans un petit bassin, et voir le ciel et quelques papillons, immenses et majestueux lorsqu’ils sont ouverts, leurs ailes dessinant dans le ciel des arabesques de couleurs vives, et pourtant si humbles lorsqu’ils se posent, le vert du cöté extérieur de leurs ailes se confondant avec la végétation (ca, c’est plutöt Maxence Fermine). Lydia et Sando ont alors esayé de nous appendre a pëcher. Les poissons ont vite compris qu’on était pas trés doués : ils venaient prendre nos appas (l’une des centaines de grosses mouches qui tournoyaient autour de nous, attirées par nos odeurs), sans toucher aux hamecons. Lydia et Sandro se sont occupés d’avoir suffisamment á manger pour le soir, et il s’est mis á pleuvoir.

C’était l’une de ses averses tropicales, puissante et infinie, qui donne la sensation qu’on va se noyer sous peu. Nous ne fümes plus jamais secs. La pluie pénétrait nos vëtements et notre peau, venait gripper nos articulations affaiblies par nos longues marches : le soleil abandonnait nos ämes et nous laissait seuls face á une jungle étouffante, obscure, et boueuse.Nous marchämes encore quelques heures pour trouver un campement sans fourmi. Adi commencait á trouver que j’avais l’air de moins m’amuser. Lá, elle s’est rendu compte qu’on avait perdu l’anti moustique ; elle a arrëté de se moquer. Le lendemain, aprés avoir tué les quelques tiques qui avaient trouvé refuge sur notre peau, et enfilé nos chaussettes trempées, nous repartïmes, vaillants mais humides. En passant, on gouté du cacao, vu l’arbre á viagra, et l’arbre empoisonné pour punir les femmes infidéles. On est revenus au village, heureux de pouvoir dire que nous avions survécu á cette expérience extrëme, et Lydia nous a dit que vraiment dans cette jungle, y avait rien de dangereux.

Coroico-Rurrenabaque

6 juin 2012

Du coup, puisqu’on avait un peu de temps à perdre en Bolivie, on a décidé d’aller d’abord à Coroico, dans la petite montagne, et ensuite à Rurrenabaque, dans la jungle. Coroico, à à peine trois heures de la Paz, est un petit village de petites montagnes assez mignon, avec plein d’hôtels vides comme d’habitude, et de petits restos qui proposent les inévitables (et pourtant, on essaie) milaneza de pollo, de carne, y de cerdo (pour ceux qui comprennent pas, va falloir faire un effort et se mettre à l’espagnol, pour moi non plus, c’est pas toujours facile).

On a bien profité pendant trois ou quatre jours des paysages réunionnesques et des moucherons qui piquent et qui grattent pendant trois semaines (des vraies semaines), et on est partis vers Rurre, histoire de découvrir de nouveaux moustiques. Le guide nous avait dit que la route en bus vers Rurre (oui, je l’abrège, ça fait in) était pas facile : 16 heures de piste dans un bus bolivien, effectivement, ça a de quoi inquiéter. Mais comme on avait déjà fait pire, on s’est pas pris la tête, on a pris le bus, parce que, on l’avait compris, les gars du guide, ce sont quand même un peu des rigolos qui préfèrent passer leur temps au loki hôtel de La Paz que découvir le pays.

C’est dans le bus qu’on les a mieux compris : faut imaginer une route de trois mètres cinquante de large perchée à 600 m d’altitude sur un flanc de montagne, des pierres qui en tombent, le bas-côté qui a une tendance certaine à s’effondrer, les poids lourds qu’on croise, un chauffeur qui mâche de la coca (donc, c’est pas la peine de le changer, il est jamais fatigué), et qui hésite pas à doubler avec deux roues dans le vide, des mains crispés sur les accoudoirs (j’ai peut-être même failli mettre les dents), des cris à peine retenus, et un lien qui se crée presque instantanément entre les passagers terrorisés. Heureusement, il pleuvait pas. A l’aller. En revanche on voyait pas la route à deux mètres à cause du nuage de poussière. A la pause, le chauffeur nous a lancé un regard, genre, « ça fait toujours ça la première fois ». Quand on est remontés, j’ai demandé à Adi, qui était côté fenêtre (oui, je suis pas masochiste, et Adi aime bien le vide, en tout cas, c’est que je me suis pensé), de fermer les rideaux. Du coup, la suite s’est mieux passée, on imaginait juste la route aux regards des autres passagers, et aux cris qu’ils étouffaient.

On a pu profiter du film tranquillement, un grand film, comme d’hab, même si c’était pas un Jean claude Van Damne pour une fois : une belle histoire d’un prisonnier en Georgie qui doit conquérir sa liberté à coups de poing et de pied, à la fin il gagne, les méchants sont morts. Ça manquait quand même de sexe, toute cette violence. Heureusement, après, on a eu The Marine, et là, ils avaient pas oublié de mettre un peu de sexe dans la voilence, c’est quand même plus sympa. Parce qu’on dirait qu’on passe notre temps dans les galères où dans les transports, mais faut pas oublier qu’on se cultive aussi.

Alors, à part regarder les super films qu’ils proposent dans les bus, on pratique aussi et surtout l’échange de livre : c’est pratique, c’est économique, et ça nous permet de lire des livres qu’on aurait jamais lu sinon. Pour le point littéraire du mois : Kaputt de Malaparte, c’est vachement bien, Jonathan Litte, c’est finalement pas mal non plus, en revanche, et je suis désolé d’en faire enfin le constat, Marc Lévy, c’est quand même un peu plat, conventionnel, avec une femme qui travaille, un meilleur ami homo, un père vivant mais mort et un amant mort mais vivant (Adi m’a dit de pas dire « c’est de la merde » pour pas froisser ceux qui aiment, alors j’ai fait un effort), Maxence Fermine, vaut presque Marc Lévy (un noir qui a le rythme dans la peau, un colonel dans la jungle, une tsigane qui tire les cartes, et un indien taiseux), sauf que lui, il oublie pas de mettre une comparaison par phrase, pour faire rêver le lecteur prisonnier du quotidien comme l’oiseau dans sa cage. Bref, pour nous, la littérature est un sport de combat, on écume les hôtels, les cafés voire les agences à la recherche de pages pas trop pourries. Et finalement, on se retrouve avec du Amélie Nothomb ou du Anne Perry.

A Rurre, on s’est trouvé un petit hôtel très cool, tenu par un israëlien, puis, on est allés voir les agences où tout était rédigé en israëlien, et on a mangé dans un resto dont la carte était en israëlien. Là, on a commencé à trouver ça étrange : c’est quand même pas un très grand pays, Israël, leur territoires occupés s’étendent pas jusque là. Heureusement des gentils Français qui tenaient une agence nous ont expliqué : deux Israëliens se sont perdus dans la jungle, il y en a un qui y est resté trois semaines, qui s’est battu contre un jaguar deux fois, mais grâce au Krav Maga, il a gagné. Après, le jaguar était son meilleur ami. C’est du moins ce qu’il raconte dans son livre. Les Indiens du coin, eux, assurent qu’il aurait vécu dans un village abandonné, mais c’est parce qu’ils sont jaloux, parce qu’il a réussi à survivre sans leur aide. Du coup, les jeunes Israëliens, quand ils ont fini leur service, ils font une sorte de pélerinage : eux aussi ils veulent aller into the wild et faire copain-copain avec des jaguars. Mais bon, ils sont pas fous, ils vont dans la pampa, où les animaux sont appivoisés et où on peut faire la fête.

Comme nous, on voulait faire comme tous le monde, on y est allés, dans la jungle 8mais pas la pampa, la vraie), histoire de pouvoir dire que l’Amazonie, on l’avait vécue. On a pris une tente et un guide, et on a excursionné pendant trois jours dans la forêt. Franchement, trois jours, c’est bien. Pour décrire vite fait, la forêt est un milieu très accueillant, mais plutôt pour les plantes. Pour les humains, c’est moins sûr. Il fait un peu humide (du moins on est toujours mouillé), on ne peut jamais voir l’horizon ou le soleil, les moustiques sont très présents, faire un feu est une gageure, il est impossible de se repérer, et surtout, on pue. Enfin, moi, parce que, Adi me le répète souvent, les filles, ça pue pas.

Bref, on a été content de sortir de l’enfer vert, et de reprendre le bus vers Coroico. Avec le même film. Ouais, il a encore réussi à conquérir sa liberté à coups de poing… Et on est arrivés à trois heures AM. A neuf kilomètres de la ville. Sans taxi. A l’endroit où tous les bus font faire la pause pipi à leurs passagers. C’était très frais. On a passé une bonne fin de nuit.

Sorata

24 mai 2012

Après toutes ces folles aventures, on avait décidé de se ressourcer un peu, de goûter les joies de la campagne et de la montagnes. D’abord sur le lac Titicaca, qui est plus une mer perchée à quatre mille mètres qu’une simple mare aux canard, puis dans la moyenne montagne bolivienne (ici, ça veut dire deux mille sept cents mètres), à Sorata… Nous repassâmes donc en Bolivie, après un bref passage au Pérou, sans passer plus de dix minutes à la frontière, on devenait bons. Là, on s’est posés un peu à Copacabana, première du nom, sur les berges du lac Titicaca. C’est une ville un peu étrange : beaucoup de touristes, surtout des babos, et beaucoup d’hôtels, généralement pas tout à fait terminés, et souvent vides. Les repas sont variés : truite à la plancha, truite à l’ail, truite au citron, truite sauce piquante… servies avec les sempiternelles frites mollasses et fades, caractéristiques du repas boliviens. Le dimanche, on va faire baptiser sa voiture à l’église, pour qu’elle risque pas de finir en enfer… Après avoir vu le lac et ses îles, on a voulu partir à Sorata. Le guide nous le disait, c’est tout simple (comme d’hab), il suffit de prendre un bus jusqu’à Huarina, puis de héler un des nombreux micros (c’est le nom des minibus) qui font route depuis La Paz vers Sorata. Nous partîmes donc de Copacabana vers deux heures pour arriver à Huarina à quatre. Et nous attendîmes, à côté du poste militaire (oui, parce qu’à l’entrée de chaque ville, il y a un poste militaire. C’est pour rassurer les gens). Des micros, on en vit passer de nombreux. La plupart n’étaient pas pleins. C’est bête, c’est cette plupart-là qui n’allait pas à Sorata. A cinq heures, Adi a eu le courage d’aller demander aux militaires si on était au bon endroit, et si on avait une chance de voir un micro pour Sorata vide avant la nuit. Il lui ont répondu qu’il n’y avait aucun souci, qu’on s’en sortirait… Faut dire qu’il rigolait bien à nous voir faire du stop sur la route qui devenait déserte. Ils allaient pas se priver de leur animation du soir. Quand la nuit est tombée, on a craqué : on est revenu à Copacabana. on a changé d’hôtel, histoire de pas avoir l’air trop ridicule, et on a décidé de recommencer le lendemain, mais en passant par La Paz, au point de départ des micros. Le lendemain donc, nous partîmes de bonne heure, histoire d’être sûrs d’arriver à Sorata avant la nuit. On a pris un bus pour La paz, personne ne nous a reconnus, ça commençait bien. A La Paz, on a trouvé sans problème le point de départ des micros pour Sorata, à côté du cimetière. On a acheté nos billets, on a posé nos sacs dans le micro, et on a attendu. Oui, parce que les départs ne sont pas à heures fixes : on attend que le micro soit rempli, à côté d’un gars qui gueule « Sorata, Sorata » en continu pour rameuter des passagers. Là, y a un gars qui a entendu qu’on était français et qui a voulu discuter avec nous. Ils nous a dit qu’il avait vécu huit ans à Paris, et tout ça. Et il est parti un peu brusquement. Nous (enfin, Adi), on était un peu ému : c’est mignon un gars qui veut parler français et qui s’arrête pour nous parler. On aurait dit Elie croisant un Russe. Et puis, quand on a voulu monter dans le micro, on a compris : le sac d’Adi attendait patiemment sa maìtresse, la bandoulière frétillante, mais le mien avait fugué. J’étais un peu déçu, mais Adi m’a expliqué que les voleurs avaient plus besoin de mon appareil photo et de mon passeport que moi, alors j’ai laissé mes shakras s’ouvrir, et j’ai fait le vide en mon esprit pollué par de sombres et matérialistes pensées … Forcément, on a décidé de rester un peu à La Paz, pour visiter des lieux encore inconnus : la police touristique (très sympa, il y a même des canapés), l’ambassade (avec un vrai gendarme, sans moustache malheureusement). Elle est très cool cette ambassade. Dans leur salle d’attente, ils ont tout un tas de bulletins d’adhésion à l’UMP. Bizarrement, j’en ai pas vu pour le PS. Ils ont dû tous être remplis. Ils nous ont bien expliqué le souci : soit on prenait un passeport d’urgence, et c’était prêt en 24 heures, soit on prenait un passeport biométrique, et c’était prêt en trois semaines. Devinez ce qu’on a pris… Ben oui, parce que pour passer aux Etats-Unis, il y a pas le choix, ils en veulent pas des passeports d’urgence, il faudrait pas qu’un terroriste qui s’est fait piquer son sac à dos en profite pour pénétrer la mère patrie. Et pour décaler ou annuler les billets d’avion, c’est pas la peine : on a appelé les gentils messieurs de la carte en or qu’on avait fait faire espécialement pour le voyage, parce qu’on nous avait dit que c’était super leur assurance si on se faisait piquer des machins ou qu’on devait annuler des vols. Et ben, c’est vrai, c’est super, pour leur assurance. Ils nous bien expliqué qu’ils ne pouvaient rien faire pour nous, mais qu’on aurait pu lire plus attentivement les petits caractères. En fait, faut se faire voler son passeport dans la soute d’un avion pour qu’ils fassent quelque chose. Donc, on est piégés encore trois semaines sur le sol bolivien, entre paysages magnifiques, douches tiédasses, truites à l’ail. Et on a pu passer une semaine à Sorata.

Potosi- La Paz

8 mai 2012

Parlons donc aussi un peu des mines de Potosi, parce que si y a plus trop d’argent, y reste de l’étain, et d’autres pauvres métaux que des mineurs continuent d’exploiter sous le regard de leur Dieu des mines à eux, le Tio. Le Tio, c’est une version de Dieu piqué aux Espagnols, qui juge sous terre, là où l’Autre, ses yeux sont pas assez bons pour regarder.

Et c’est un Dieu plutôt genre Ancien Testament : t’as rigolé en me faisant une offrande, J’écroule une gallerie sur toi et tous tes copains. Tout ça pour dire que les mineurs, ils ont quand même pas une vie facile, et en plus, il faut qu’ils se tapent des touristes voyeurs comme nous qui font des commentaires genre « ça doit être lourd, ça » , « Moi, j’y arriverai jamais », « Vous vous êtes fait mal, non? », ou « vous commencez à boire très tôt, quand même? ».

Nous, on avait un peu envie de voir les mines, et puis ça rapporte des sous à la coopérative, c’est toujours ça de moins à extraire, mais on voulait pas trop jouer les voyeurs (c’est à dire, on voulait le faire, mais sans trop de culpabilité).    Donc, on est allés voir un ancien mineur, qui prenait des groupes pas trop importants (on était trois). On a vite vu qu’on avait bien choisi : il a commencé par nous faire une bonne leçon de morale, énervé qu’il était par ces Européens qui ne viennent que pour faire des photos et les poster sur Facebook (ça tombait bien, Adi a perdu son appareil, oui pour de vrai, et non, j’y suis pour rien ; et moi, j’oublie toujours le mien). Ensuite il nous a expliqué pendant une heure que c’était lui le meilleur guide, que c’était pour ça qu’on prendrait pas de photos, et qu’on prendrait le temps de tout voir et de discuter avec les gens, et que surtout, fallait pas croire, c’était pas des alcooliques.

Il nous a alors amenés au marché, pour qu’on achète de la coca et de l’alcool à  96 % comme cadeaux, histoire d’être pas trop mal vus en arrivant. Ben, ça marche. Surtout pour Adi. Je sais pas à quoi ça tient, mais elle semble avoir fait une forte impression sur ce troupeau d’hommes, au vu des quelques gestes qu’ils échangeaient dès qu’elle en regardait un un peu trop longtemps. Faut dire que les mines, c’est pas vraiment mixte. Vous inquiétez pas, elle a très bien vécu ça.

On est donc descendus, mais on s’est vite arrêtés, parce que la mine, elle était effondrée. Alors on a maché de la coca en jetant de l’alcool sur le sol pour la pachamama (oui, en fait, ils boivent pas trop, ils renversent tout,  faut dire que l’alcool à 96 % mélangé à l’eau, c’est pas forcément délicieux).

Et on est remontés, en passant dire bonjour au Tio. Là, le troisième touriste du groupe, il a déconné : il a pas voulu faire d’offrande, alors qu’il prenait en photo le dieu souterrain (aussi, c’était un Allemand. Un Luthérien à tous les coups). Et c’est pour ça, nous a expliqué le guide, qu’il s’est fracassé la nuque sur le plafond, pas parce qu’il faisait deux mètres et que les mines sont taillées sur le format boliviens (1m 30 de haut, ça suffit pour les mineurs). L’Allemand, quand il a entendu ça, il faisait un peu la gueule, surtout que le guide avait un petit sourire en coin, genre je te l’avais bien dit. Ouais, il était content que les touristes constate la puissance du Tio.

 

C’est après qu’on est partis pour La Paz (la vraie capitale, 3200m à 4000m d’altitude, les riches vivent en bas, me demandez pas pourquoi). Pour se changer les idées, on avait choisi d’aller dans une grosse auberge de jeunesse, dont le guide promettait qu’elle était ébouriffante.

Une vraie usine à backpackers anglo-saxons, relativement jeunes (plus jeunes que nous, en tout cas), et relativement célibataires, il se donnait un certain mal pour le prouver. Bar avec la ligue 1 anglaise 24h sur 24, billard, café et coca gratuit à toute heure. On est arrivés à six heures AM, un brin fatigués: juste à temps pour une présentation de l’hôtel par un Canadien qui finissait sa soirée, encore bien saoûl, en attente de sommeil, très déçu d’apprendre que je ne buvais pas : « mais, tu te drogues, au moins ? ». Parce que quand même, dans l’hôtel, y avait des comportements qui ne se toléraient pas. Après, on lui a parlé de la Bolivie, parce que, depuis six semaines qu’il était là, il avait pas réussi à sortir de La Paz.

Dans la journée, on a peu erré dans l’immensité des lieux en attendant que notre chambre se libère : on a vu beaucoup de garçons parler à de jeunes filles en fleurs, leur jouant de la guitare, leur racontant avec force détails les excursions extraordinaires qu’ils avaient vécus. Organisées par l’hôtel. Le repos du guerrier, quoi. Les yeux brillaient, les gestes se faisaient tendres, et les paroles langoureuses.

L’après-midi, comme les élections approchaient, j’ai essayé de savoir s’il serait possible de les regarder au bar. Réponse du barman, pendant que les trois télés retransmettaient le même match anglais : « Il y a d’autres pays que la France, tu sais ? ».

Le soir y avait fête mexicaine, genre beuverie grandiose avec prétexte. Adi a bu une bière, j’ai pris un coca, et on est allés se coucher. Adi m’a recommandé de fermer la porte à clé, au cas où d’aucuns se tromperaient de chambre. Elle a bien fait. La nuit a retenti jusqu’à pas d’heure de musique, de reniflements énervés et de cris énamourés. On a compris qu’on était vieux.

Le lendemain, on a regardé les élections dans une patisserie, et, pour fêter la défaite, on a décidé de partir. De toute façon, il valait mieux, le lundi, La Paz devait être bloquée par les médecins, plus moyen de bouger avant la fin de la grève.

On est donc arrivés au soir à Tiwanaku, site pré-colombien qui a inspiré à Hergé Le temple du soleil. On était les seuls dans notre hôtel, il y avait pas de chauffage, les douches étaient froides, on était heureux.

Mais on avait pas prévu que comme y avait grève, et ben, on était bloqués sur place : les bus qui pouvaient nous emmener au lac Titicaca étaient bloqués à La Paz. On a donc passé notre matinée sur le site à racoler : à demander aux touristes en voyage organisé s’ils voulaient bien nous prendre dans leur bus. On est d’abord tombé sur des Français. On y a cru : la solidarité nationale, Hollande élu, tout ça. Ben non. Les Français à l’étranger, y sont aussi sympas avec leurs compatriotes qu’avec des étrangers en France.

Heureusement, il y a eu les Polonais : d’une seule voix, ils ont dit oui, et nous ont convoyés jusqu’à la frontière ( oui, la frontière, parce qu’on était obligés de passer au Pérou, parce qu’on avait épuisé notre crédit temps d’un mois en Bolivie). Bref, tout s’est arrangé, au d´ssespoir d’Adi, qui espérait déjà nous voir coincés sans argent et sans moyen de transport au temple du soleil, prêts à être sacrifiés sur un autel quelconque.

Bolivie

6 mai 2012

Bref, on a passé quelques jours à Santa Cruz : on a un peu flané, beaucoup mangé de tortas. Alors, non, les tortas, c’est pas des tartes : c’est plutôt des énormes gateaux faits main dont on te coupe une énorme tranche ; maintenant, j’en mange tous les jours, avec mon infusion de coca, comme quoi, c’est plutôt facile de se mettre aux moeurs d’un pays. Parce que non seulement la vie est moins chère qu’au Brésil, mais les portions sont doubles, et il est possible que la cuisine soit meilleure. J’ai peut-être même dit parfois que j’avais plus faim…

De Santa Cruz, on est allés voir notre premier site précolombien, à Samaipata. Pour y aller, selon les critères boliviens, c’est tout simple : taxi, micro (c’est comme un bus mais en plus petit, il part quand il est plein. On a même pas attendu une heure). D’ailleurs très sympa ce micro. C’est bête que j’ai oublié que si quelqu’un vomit par la fenêtre avant, le vent a toutes les chances de rapporter gentiment les stomacales sécrétions sur les passagers arrières. Non, j’étais pas le passager avant.

Et puis on a eu un dernier taxi pour aller sur la montagne où une civilisation qui a disparu on ne sait comment (l’opération du Saint Esprit diraient les Espagnols) a laissé plein de ruines. C’était beau, y avait des montagnes partout, on était seuls au monde, parce que les autres touristes n’avaient pas dû trouver le bon bus. On était heureux.

Le lendemain, ça nous est un peu passé. On est allé au zoo. Vous avez raison, on est un peu touristes. Le guide avait parlé d’un grand parc, avec des animaux en semi-liberté. C’est là que le concept de semi-liberté devient intéressant. Ça veut peut-être dire que y a qu’un barreau sur deux. En tout cas, les animaux, ils avaient pas l’air d’avoir bien compris en quoi ils étaient semi libres, surtout quand les visiteurs se moquaient d’eux en leur jetant des bouteilles en plastiques dessus. Parce que les bouteilles sont interdites d’entrée, mais on peut en acheter dans les différents mac do du zoo, sous les gigantesques statues en plastiques (bio dégradables j’imagine) de Ronald. Bonne ambiance garantie, quoi.

Après, on a pris un bus vers Sucre. Le trajet ne s’est finalement pas trop mal passé : on a crevé dans la première demi-heure, et pendant les dix heures suivantes, le chauffeur s’arrêtait partout pour trouver une roue de secours. À la fin, ça a marché, quelqu’un lui a rechappé son pneu. Nous, on commençait à s’inquiéter un peu, parce que les routes de montagnes sous la pluie avec un pneu de secours, pour traverser des rivières… Mais quand ils ont réparé le pneu, j’ai eu le temps de vérifier : tous les pneus sont lisses en fait, ils ont l’habitude, faut pas s’inquiéter.

Et donc, nous arrivâmes à Sucre, 2700m d’altitude, capitale constitutionnelle de la Bolivie, du nom d’un général copain de Bolivar (je fais un petit point, pour faire plaisir aux historiens-géographes frustrés de ne lire qu’anecdotes). Bon, il commence à faire un peu froid, faut l’avouer, mais la ville est très mignonne. Ça explique qu’il y ait un touriste pour un habitant. Du coup, on est restés dix jours, pour se reposer, prendre des cours d’Espagnols (Adi, pas moi, c’est pas la peine, je comprend tout. J’arrive même à aller chez le barbier tout seul maintenant.) On a bu des chocolats chauds, mangé des tortas au chocolat en regardant les montagnes. Oui, je fais peut être une fixation sur le chocolat (moi, je crois plutôt que c’est le chocolat qui se fixe sur moi). Et on a décidé de reculer de trois semaines notre arrivée en Californie, parce que l’Amérique du Sud, c’est bien sympa, et y a plein de chocolat.

Nous voici donc maintenant à Potosi, ville minière de la Bolivie (non, c’est pas eux qui ont en profité, je vous rassure, c’est l’Espagne), perchée à quelques 4060m d’altitude, un Mont Blanc, quoi. Ça y est, maintenant, il fait froid, on a acheté des peaux de lamas, des oreilles de lamas, et des mains de lamas. On commence à sentir comme un bus bolivien après six heures de route. La ville est assez magnifique, les églises en rappellent le flamboyant passé, lorsqu’elle comptait plus d’habitants que Paris ou Londres, au XVIIIeme, et qu’on enfermait les nobles cadettes dans des couvents (très jolis par ailleurs, avec leurs Christ déchirés de multiples blessures, et tous leurs d’instruments pour se flageller proprement): Là aussi, ça regorge de touristes : on peut pas faire un pas sans voir un gars qui est en voyage depuis six mois, et qui trouve que la Bolivie, c’est bien beau, et c’est pas cher. Faudrait en parler à l’autre là, parce que ce serait bien de les remettre au boulot, tous ces gens là, quand même.

De là, on a fait une petite excursion dans le Salar de Uyuni, un endroit assez magique, entre déserts de sel, montagnes, geysers, et mines de tous plein de trucs, avec des lamas et des vicognes partout, des hôtels sans chauffage et sans eau chaude, avec du moins dix la nuit, des quatre-quatre emplis de touristes en veux-tu en voilà, qui font tous les mêmes photos (ouais, ce sont les photos artistiques, avec les magnifiques jeux de profondeurs… c’est le guide qui les fait, on a pas vraiment le choix).

Bon, pour comparer un peu avec le Brésil, même si c’est pas bien, les Boliviens  ils sont beaucoup moins souriants et sexy , et ils portent vachement moins de strings. Ça doit être l’effet peaux de lamas. Et ils ont pas trop  l’habitude de s’excuser (je pense à la charmante qui partagea son repas digéré avec moi). On dirait un peu des Parisiens dans un métro, mais en beaucoup moins pressés. Prenons un repas au restaurant. D’abord, il faut que quelqu’un arrête de manger pour venir apporter la carte. Environ une demi-heure plus tard, il revient pour prendre la commande. Et là, on te prépare à manger. Forcément, c’est pas rapide. Parce que faut tuer le lama, planter les pommes de terre, et trouver une source.  C’est peut-être pour ça qu’on est aussi content à la fin du repas.

La frontière

13 avril 2012

Quand on a eu quitté Pascal, le coeur en berne et des larmes au fond des yeux, il ne nous est resté qu’un espoir, oublier, partir et recommencer à zéro, dans un autre pays, La Bolivie, au hasard.

Au début, on pensait passer par le chemin classique : Corrumba, puis prendre le train de la mort jusqu’à Santa Cruz. Mais, comme Pascal nous l’a fait remarquer, avec un étonnant bon sens, c’était quand même bien long d’aller jusqu’à Corrumba, alors que la frontière est toute proche de Cuiaba. Il nous a dit : c’est tout simple, de Cuiaba, vous allez à Caceres, puis de Caceres à San Matias, où vous passez la frontière, et là, vous prendrez un bus jusqu’à Santa Cruz. On a dit Banco.

Parvenir à Caceres a été somme toute assez facile : à peine quatre heures de bus, en partant à cinq heures du matin, on y était à neuf heures. Là, on a patienté un peu pour avoir le bus de San Matias, qui est quand même à encore deux heures de Caceres, et, déjà, le vendredi, on passait les deux frontières. Les douaniers brésiliens ont regardé nos passeports, les ont trouvé jolis, et nous ont fait vider nos petits sacs à dos, pas les grands, faut pas abuser quand même, la drogue, on l’aurait pas cachée.

Et là, à San Matias, pas de bus. Tout était fermé : Jésus était mort. Parce que là-bas, c’est pas la résurrection qu’ils fêtent, c’est la fin de l’agonie. Même le bureau de l’immigration, où on est censés aller dire qu’on est bien arrivés sur le territoire, et qu’on est pas méchants (non, ils font pas ça à la frontière, c’est nous qu’on doit aller les voir, c’est moins fatiguant et plus súr, pour les fraudeurs, j’entends).

On était un peu embêtés, parce que ça, on l’avait pas prévu, et on avait pas trop de liquide. Pas assez en tout cas pour prendre une nuit d’hôtel et un bus. Pas assez non plus pour prendre une nuit d’hôtel et un retour pour Caceres. Ouais, on s’en est rendu compte après avoir pris la nuit d’hôtel, trop tard pour dormir dans la rue. J’ai enguirlandé Adi, c’est quand même elle la chargée du plan.

Bref, on s’est dit que c’était pas grave, on allait retirer des sous. Mais c’est petit San Matias (plus petit que Bergerac, c’est dire). Et la banque, elle est pas ouverte le vendredi saint. Ni le samedi. Le dimanche non plus forcément. Là, Adi a commencé à parler de nos problémes à des vieux dans la rue, ce qui fait que dix minutes plus tard, on avait un attroupement devant l’hötel commentant chacune de nos décisions, nous donnant de fausses informations, rigolant bien, quoi.

Heureusement, il nous restait quelques euros qu’une dame, qui faisait du change dans le coin, a accepté de nous prendre à un taux extrêmement avantageux (pour elle, je veux dire), et, le lendemain, samedi donc, on a eu assez de sous pour prendre nos billets jusqu’à Santa Cruz.

Le gars qui nous vendait les billets a été un peu surpris en voyant nos passeports : ils avaient pas été tamponnés par l’immigration. Non, les douaniers brésiliens ne nous l’avaient pas dit. Il n’a pas voulu nous donner les billets avant qu’on y passe. Il a bien fait.

Nous sommes donc allés à l’immigration, où naturellement, le bureaucrate, pardon, le fonctionnaire n’a pas voulu tamponner nos passeports : on était pas sortis du Brésil. On avait beau lui faire remarquer que quand même, on était bien là , devant lui, il nous montrait depuis ses petites lunettes nos passeports en nous disant que non, qu’il n’y avait pas de tampon de sortie. Forcément, on pouvait pas le faire à la frontière, parce que c’était pas les bons policiers (ils ont plein des différents, au Brésil), il fallait repartir pour Caceres. J’ai dit à Adeline de pleurer, elle a pas réussi, on est partis chercher les sous qu’on avait donnés pour nos billets, et on est repartis à Caceres. C’était samedi.

A Caceres, on a été voir la police fédérale. Ils ont été gentils, ils ont bien voulu tamponner le passeport de celui ou celle qui n’avait pas perdu sa targeta d’ingresso. Ouais, c’est un petit papier, tout con, qu’ils donnent en même temps qu’ils tamponnent le passeport, où il y a marqué les mêmes choses que sur le tampon, et qu’ils espèrent que tu vas perdre.

Ben on l’a fait. Enfin, l’un de nous l’a fait. Je donne pas de nom, ça serait pas sympa. Bref, ils nous ont dit de revenir lundi, parce que le samedi, comme le dimanche, l’immigration, elle est fermée. Sinon, ils ont dit aussi de passer la frontière quand même, que tout s’achète en Bolivie. On a repensé à notre caricature du fonctionnaire étriqué, et on a dit non.

Alors, on a bien pu profiter de Caceres, qui est dans aucun guide… Et, franchement, c’est plutôt sympa. On peut se baigner dans les douces eaux du Paraguay, les gens sont gentils ; bref, sans les moustiques et les quarantes degrés à l’ombre, ce serait parfait.

Le lundi, le combat a changé d’âme, l’espoir a changé de camp, comme ils disent au rugby. D’ailleurs l’autre aussi, il avait ressuscité : l’immigration tamponna nos passeports, nous prîmes le bus, passâmes voir le fonctionnaire de San Matias le sourire au lèvres, le vîmes s’acharner à chercher une raison de ne point tamponner pour finalement, apposer son encre sur nos précieux documents. Et nous allâmes prendre le bus.

Bon forcément, de bus, point. Il était cassé. Il fallait attendre le lendemain (mardi, ouais, mon anniversaire). On est repartis à l’hôtel. On commençait à se demander si on était pas piégés dans un espace-temps particulier, non encore découvert par la physique moderne.

Le lendemain, enfin, nous achetâmes nos billets, et nous partîmes pour Santa Cruz, à neuf heures et demi. On était un peu surpris, ils étaient à trois dans la cabine du conducteur. On a pensé que c’était ses remplaçants.

J’ai dit à Adi  » tu vois, on a réussi ». J’aurais mieux fait de fermer ma gueule. On a senti que le bus faisait comme un écart. Le chauffeur est sorti, suivi de ses copains de cabines. C’étaient pas ses remplaçants : c’étaient les réparateurs qui voyagent toujours avec le bus, au cas où. Ils sont passés sous le bus. Adi m’a demandé ce qu’il se passait. Comme je m’y connais, je lui ai répondu que c’était un problème de marteau. Et j’avais raison : ils ont bien passé trois heures à taper sur le marteau avec le bus. Ils nous ont dit qu’ils avait un souci d’essieu. Alors, on a bien pu profiter du coucher de soleil, des merveilleuses couleurs vermeilles qu’il lance sur la jungle en éveil, puis du silencieux et éclatant ciel étoilé bolivien, des bruits des carnassiers aux aguets, n’attendant que la fin de notre vigilance pour s’élancer. Et les moustiques.

Enfin, ça a été réparé. Ils ont essayé de démarrer le bus. Le bus a pas voulu. Alors, on l’a choqué.

Je pense que c’est un truc à faire dans sa vie, pousser à quinze un bus dans la jungle bolivienne pour le faire démarrer. Moi, c’était mon cadeau d’anniversaire. Tout le monde avait l’air très content en tout cas. Le moteur a hoqueté, puis vombri : on a pu repartir. Et sur les quatorze heures de trajet suivante, ben on a pas eu un problème. Si c’est pas du bol, ça.

Maintenant, on est a Santa Cruz: on pense y rester trois ou quatre jours, pour se reposer un poil, quoi.

Brasilia et le Pantanal

5 avril 2012

Comme on avait pas assez fait de grosses villes, et qu’après quatre jours, on en avait marre de la tranquillité, de la nature et des petits oiseaux, on a décidé de passer par Brasilia avant d’aller dans le Pantanal. On a un peu hésité, parce que selon le Routard, Brasilia, on est pas obligé d’y passer, et selon le Lonely Planet, c’est le temple de l’architecture.

Après 16 heures de bus depuis Lençois, on est arrivés à la gare routière. Là, la gentille jeune fille du point information nous a indiqué comment nous rendre à l’auberge de jeunesse. C’était très simple, selon elle. Après coup, Adi et moi, on serait bien retournés lui demander sa définition de « easy ».

On a pris le métro jusqu’à Centrale (après les arrêts 102 sul, 104 sul et 108 sul, ouais, ils ont des noms sacrément sexy), et on a cherché le bus 0.143. On a demandé à bien dix personnes. On a jamais compris leurs explications (parce que maintenant, on sait poser les questions. Mais on arrive toujours pas à comprendre les réponses).

45 minutes après, on l’avait trouvé. Il nous a emmenés à quelques cinq kilomètres de la ville pour nous lâcher en rase campagne, dans le grand nulle part qui entoure la ville colibri (oui, elle a une forme d’oiseau, c’est mignon tout plein). Adi et moi, on s’est regardé. Le seul bâtiment alentour ressemblait à un camp de prisonniers, tant par son architecture stalinienne que par les barbelés qui l’encerclaient.

Heureusement le sigle auberge international était là pour nous convaincre : on ne s’était pas trompés. On allait pouvoir se loger (dans des dortoirs,très chers, c’est là qu’on a commencé à penser qu’ils aimaient pas les touristes). Après avoir posé nos affaires, on est retournés en ville, pour en contempler l’éblouissante architecture .

On a été un peu surpris en quittant l’auberge ; l’arrêt de bus était de l’autre côté de la route. Juste en face. De l’autre côté de la deux fois trois voies. Limitée à quatre-vingt dix. Pas de feux. Pas de passage piéton. Adi m’a recommandé de pas renverser une voiture, on s’est signé trois fois ( faut quand même mettre toutes les chances avec soi) et on est parvenus de l’autre côté.

Quand on est arrivés en ville, on a compris que c’était pas forcément contre nous : à Brasilia, les feux sont l’exception. Y a bien quelques passages piétons, mais ils ont été posés comme par erreur, sans y croire. De toute façon, ils sont relativement inutiles parce qu’il y a pas de trottoirs. On a visité la ville. C’est plein de verticales et d’horizontales, de batiments aux formes épurées, comme voguant sur le bitume, nimbés de brume (de chaleur, ben ouais, il fait pas vraiment froid, et les formes zépurées, ça favorise pas l’ombre).

C’est juste dommage qu’ils aient pas pensé que des êtres humains allaient y habiter. Y paraît que finalement, il a fallu les forcer. Et c’est vrai que les habitants ont pas l’air particulièrement enjoué : on les pas vus faire de concerts spontanés. Ils ont tous laissés leur instrument à Salvador. Souvent les gens, quand ils nous entendaient parler l’étrangie, venaient vers nous pour discuter un brin, avoir de nouvelles du dehors, quoi.

Le soir, on a cherché un supermarché. On voulait manger équilibré (enfin surtout Adi), et faire des économies (toujours Adi) On a longtemps marché. Finalement on est revenus dans la zone commerciale, et on a mangé au Burger King (Ne jamais sous estimer la puissance du non agir, dirait Lao-Tseu).

C’est seulement samedi, avant de partir, qu’on a un peu retrouvé l’esprit du Brésil : y a un grand parc dans la ville où les habitants viennent tenter l’accident cadiaque, en courant à toute vitesse par trente cinq à l’ombre, en string, avec des poids au poignets et aux jambes. On a pu s’asseoir à l’ombre d’un arbre, près d’un groupe de d’apprentis yogistes (je pense qu’Adi les repère à l’odeur. Ou à la couleur de leur shakra).

Bref, quand, après vingt heures de bus (c’est grand le Brésil, ça aussi, on a vérifié), on est arrivés dans le Pantanal (cherchez pas, j’ai déjà pensé à toutes les blagues. J’ai décidé de pas les écrire. Oui, Julien, je suis sûr), la patrie du jaguar, du fourmilier et des noisillons, on était contents. Et puis on a vu notre guide. Oui, parce que pour une fois, on avait fait preuve de prévoyance, et on avait pris un guide : le Pantanal, c’est plus facile de s’y diriger quand on connaît, et c’est bien d’avoir quelqu’un qui nous donne le nom latin des bestiaux qu’on croise.

Notre guide, c’était pas Nathalie, c’était Pascal. Je sais pas pourquoi, mais on s’attendait obscurément à un routard un peu taiseux, au visage buriné par l’aventure et le soleil, le sourire vague et le regard lointain de ceux qui en ont trop vu…Ben non. A la gare, un gars pas vraiment sportif, le visage rougi plutôt que buriné, nous attendait. Il ressemblait un peu à Gérard Jugnot, mais en moins beau. On a frémi, on s’est regardé, on y est allés.

Dans le camion, Adi m’a gentiment laissé monté devant. Pascal a commencé à me parler. Il avait un débit trés particulier : lent, mais immuable. Souvent, j’essayais de dire un mot, d’interrompre une de ses phrases. Je ne sais toujours pas s’il s’en est aperçu. Il a été aux petits soins avec nous. Toujours présent. Devant notre porte dès quatre heures du matin, nous accompagnant dans toutes nos sorties, mangeant avec nous à tous les repas.

Il voulait connaître notre avis sur tout :

« Pour les présidentielles, vous allez voter pour qui ? Parce que les deux premiers, c’es blanc bonnet et bonnet blanc, hein? »

« Vous savez que les musulmans représenteront 40 % de la population française d’ici trente ans (oui, c’était un Français immigrant au Brésil. Non, il pensait pas revenir en France) »

« Les drogues, faudrait pénaliser les consommateurs. Et montrer aux petits enfants des images de ce qu’ils deviendront s’ils en prennent, non ? On commence par un joint, et on continue avec du crack. »

« Tu viens de Dordogne ? C’est bien, là-bas, ils ont gardé leurs traditions. Il vivent encore comme il y a trois siècles, non ? » Là, j’ai craqué, je lui ai dit qu’ils avaient l’eau et l’électricité. Il avait l’air un peu déçu.

« Les enfants, faut savoir leur dire non. J’ai des amis d’amis, ils m’ont raconté qu’une gamine, ses parents il lui disaient jamais non. Un jour elle a ramené un gars pas bien pour elle. Ses parents, ce coup-là, il lui ont dit non. Et ben, elle a demandé à son copain de les assassiner. »

« Et les caïmans, ils les ont presques tous bouffés. Il y en que 50 qui ont survécus. Les plus forts, les plus persévérants, ils s’en sortent toujours. Les faibles, ils meurent ».

Et puis il était efficace. Quand on s’est aventuré hors des sentiers battus, il a posé des repères. Après, il a décidé de revenir sans les suivre. Quand on a retrouvé notre chemin, après le coucher du soleil, il nous a dit : « Je parie que vous avez pensé que j’étais perdu ».

Sinon, on a vu plein d’autres animaux bizarres, des caïmans, des singes, des fourmilliers, on a même pêché des piranhas.

Salvador

26 mars 2012

Le rythme effréné se poursuit : après quelques jours à Salvador, nous voici maintenant dans la Chapata Diamantina…

Alors, pour raconter un peu Salvador : ce serait une ville où que les gens, ils danseraient beaucoup, selon les guides, et où la misère serait assez visible, même si elle est moins pénible au soleil. Ben, comme quoi, les gars des guides, ils ont quand même dû un peu visiter les endroits dont ils parlent. On est arrivés à deux heures du matin à Salvador, dans le Pelourinho, le centre historique de la ville, le quartier qui bouge si vous voulez, l’équivalent de St Pierre à Bordeaux.

Le taxi ne nous avait pas arnaqués (faut dire, on avait pris la précaution de le partager avec un Brésilien, on commence à connaître des trucs, si si), et l’arrivée à l’auberge s’est plutôt bien passée : un gars a juste tenté de prendre le sac de notre Brésilien, pour lui rendre service. Moi, j’ai pas bougé, je croyais que c’était le gérant de l’auberge. Le Brésilien m’a gentiment détrompé.

L’auberge, au premier coup d’oeil était très sympa, presque trop.  Un des gérants parlait français, pas l’autre, en grande conversation avec une Argentine qui devait le quitter le lendemain. Un grand loft, utilisé comme atelier d’artiste, avec cours de capoeira et de yoga pendant la journée (oui, des tentures sur les murs, aussi). Ça sentait le Bob Marley et le babs, Adi était contente (oui, moi aussi). Les chambres étaient assez cools aussi, quoique les murs en contre-plaqué ne parviennent pas jusqu’au plafond.

Et c’était un peu dommage, ça. Parce qu’on est pas habitués à entendre de la musique à fond toute la nuit, à dormir avec la lumière de la chambre d’à côté allumé, à écouter les adieux argentins qui se prolongent. Si encore le son était bon… Mais au Brésil, on écoute la musique saturée. Toujours. Ça a duré quatre nuits. À la fin, je comprenais les récits des victimes des nouvelles formes de torture, je passais mes nuits en position du lotus, tentant vainement de me calmer. On dit que les voyages endurcissent l’âme. Ben c’est pas faux.

On a quand même réussi à sortir un peu en journée, histoire de dormir sur les plages, et de visiter les églises, assez nombreuses : jusqu’à quatre sur la même place dans le pelourinho, dont une incrustée d’or. Y doivent avoir pas mal de trucs à se faire pardonner. C’est aussi ce qu’on se dit quand on voit les flics omniprésents, avec gilet pare-balles (sur ou sous la chemise),flingue, taser, matraque, et j’en passe, des gamins de huit ans qui mendient pour se payer leur dose de crack. Il voulait même qu’on lui achète à manger, parce qu’il avait faim. Du lait déhydraté pour bébé. Adi lui a expliqué qu’il était un peu vieux (oui, je m’étais mis un peu en retrait, parce que je suis pas suffisamment compréhensif, et encore moins comprenant). Il nous a alors dit que c’était pour sa petite soeur, ou son petit frère, il savait plus trop. Il a finalement laissé tomber pour aller voir quelqu’un d’autre. Les gamins sont ingrats.

Et puis, on a pris le bus vers l’intérieur, à Lençois plus précisément, petit village touristique dans la Chapata Diamantina. Je vais pas faire d’historique, vous avez qu’à vous acheter un guide, mais c’est mignon, y a plein de lacs et de rivière, des montagnes, tout ça, tout ça. On peut faire des longues ballades (on appelle ça du trekking, c’est la même chose, mais ça fait plus hype, et surtout,ça coûte plus cher, parce que quand on dit bivouac, forcément…). Et, c’est calme.

On dort à l’auberge de jeunesse. Comme ça, on rencontre plein de gens, de tous les pays (entre nous, pas nécessairement si jeunes que ça). On dirait que tout le monde est en train de faire un voyage de 5 ou 6 mois à la découverte de l’Amérique Latine. Et à tout les coups, on va les re-croiser. Bon, on s’aperçoit quand même que ceux qui sont en voyage depuis plus d’un an ont tendance à se sentir un peu seul, ils ont sacrément besoin de parler. Oui, je sais, je fais un blog, mais moi, c’est pas pareil…

Elle nous a fait un peu peur l’auberge : Marcia, qui la dirige, parle comme une instit en retraite (mais non, j’ai rien contre les instits), nous a répété deux fois chacune des règles, au combien nombreuses, de l’auberge :

Pour changer la vitesse du ventilateur, il faut d’abord, l’éteindre, vous l’é-tei-gnez, ok ?, puis vous attendez qu’il s’arrête, vous a-tten-dez, ok?, et vous le remettez en route, ok?

Ouais, j’ai oublié de le faire.

Et elle nous a distribué des petits bracelets, à conserver tout le temps, verts, pour que tout le monde sache bien qui on était, et puisse identifier nos corps le cas échéant. J’ai hésité à demandé une étoile jaune plutôt, mais je me suis retenu. J’ai bien fait, y avait un Israëlien à côté. Oui, il portait son petit bracelet.

Paraty et (un peu) Sao Paulo.

19 mars 2012

Après Rio, quelques heures de bus jusqu’à Paraty, charmante bourgade de villégiature où les touristes rencontrent les touristes, où les pussada succèdent aux restaurants. Pour être sûr que tout le monde ait bien compris que la ville a une histoire, le centre est protégé. Les exogènes peuvent ainsi s’extasier sans relâche sur l’anarchie des pavés de ruelles typiques. Je pense même que les agents municipaux profitent de la nuit pour les déceler, et permettre aux touristes de mieux se casser la gueule le lendemain  (allez-y donc avec des tongs, pour voir).

Selon Adi, qui est pour moi l’équivalent de l’étonnante fusion d’un lonely planet et d’un guide du routard (oui, parce que, j’aurais le temps d’y revenir, y sont pas vraiment pareils, en utilisant les deux, vous aurez une chance de manger des yeux de bœufs dans un bar gay-friendly), selon Adi, donc, la ville aurait été re-découverte par Brigitte Bardot her self, c’est dire si elle est hype (mais un peu vieillie, forcément). Bon, on a pas visité les églises, payantes (on veut bien aider le prochain, mais s’il pouvait nous lancer la première pièce…), mais les plages sont belles : y a du sable, de la mer, de la montagne verte en arrière-plan, et des parasols rouges.

Et surtout, naturellement, y a une belle rivière dans la montagne, avec des cascades (ouais, comme à La Réunion, vous inquiétez pas, on soûle aussi bien les gens ici avec ça), et des toboggans. Le lonely planet et le guide du routard étaient pour une fois bien d’accord : les toboggans, c’est sympa, mais c’est dangereux : avec une certaine pratique, on peut surfer sur le mince filet d’eau qui court sur les pierres, pour ensuite plonger dans un bassin d’une eau cristalline, engoncé dans la verdoyante jungle. Les locaux sont debouts, les touristes sur les fesses. On voit des gamins qui pratiquent depuis l’âge de 6 ans, stars irrémédiablement locales, encore présentes à 25 ans, corps d’Apollon, yeux rieurs, inlassables donneurs de conseils. Des petits cons, quoi.

Deux jeunes touristes de l’Est (non, j’ai pas bien compris le pays, disons entre la Suisse et la Russie, ça restreint déjà un peu), nous ont demandé comment y aller. On les a guidées (enfin, Adi les a guidées, moi je hochais vigoureusement la tête). Puis, comme les guides nous avaient dit de faire attention, on les a laissé prendre de l’avance, et observées de loin prendre contact avec la rivière.

Elles étaient jeunes, elles étaient blondes : deux jeunes stars du coin se sont empressé de leur faire découvrir les joies de la glisse. Elles sont descendues, le cheveu au vent et l’œil humide, laissant des exclamations de frayeur et de joie franchir leurs lèvres. Puis elles sont remontées, frémissantes encore, les gambettes flageolantes. Un hurlement de douleur a soudain déchiré la jungle : le genou de l’une dessinait un angle étrange, on voyait son tibia (je pense, j’suis pas médecin non plus) qui sorti de la rotule, tentait de s’extraire de ce corps trop étroit, en en perçant la blanche peau. Une douloureuse incompréhension se lisait sur son visage : elle s’était putain de déboîté le genou. Je vous le conseille pas, ça a l’air de faire vachement mal. En tout cas, elle criait très fort.

Son amie l’a rattrapée dans ses bras, et elle se sont retrouvé coincées là, au milieu de pierres glissantes (c’est peu dire) en plein cagnard. Quelqu’un est parti chercher les secours, les stars locales se sont posées à l’ombre pour profiter du spectacle. Ouais, on était assis à côté d’eux.

Au bout d’une demi-heure, je me suis senti trop coupable, j’ai fait semblant d’aller aider, marchant à quatre pattes sur les assassins rochers, sous le regard admiratif de ma tendre moitié, et sacrifiant un paréo d’Adi pour protéger la blessée du soleil. Elles étaient déjà brûlées au deuxième degré, les pompiers sont arrivés deux minutes plus tard, mais j’avais fait mon devoir, ma conscience était tranquille. Et j’ai pu prendre le toboggan, même si c’était pas vraiment volontaire. C’est quand même vachement glissant.

 

 

Et puis, on est venus à Sao Paulo, la troisième, cinquième ou sixième ville du monde selon les sources, chez Isa. Je confirme, c’est très grand.

On nous avait dit que l’ambiance ne serait pas la même qu’à Rio : déjà, les gens sont habillés, et ils ont l’air de bosser. Bon, il reste quelques invariants dans cette jungle (encore) urbaine : tout le monde est tatoué, les filles de 25 ans et plus portent des appareils dentaires, surtout si elles sont jolies. Je sais pas si c’est une mode, ou si c’est pour satisfaire les fantasmes pervers de leurs compagnons. Quoi qu’il en soit, orthodontiste est un métier qui marche plutôt bien au Brésil ; en plus, on peut choisir la couleur de son appareil, voire en changer chaque semaine.

L’appart d’Isa est idéalement situé, entre le quartier riche, et le quartier des putes. Perso, je trouve que le quartier riche est moins intéressant. Isa nous a présenté Carlos, un copain brésilien, adorable, connaissant tous les bons plans de Sao Paulo, à l’affût du moindre de nos désirs. On voulait du décaféiné, il nous a emmenés dans un des meilleurs cafés de la ville, à à peine une demi-heure de là où on était. On aimait la paëlla : nous allâmes au marché puis mangeâmes chez Alberto, qui fait une délicieuse paëlla. Si nous refusions de le suivre, il nous regardait d’un air triste, et nous demandait ce que nous avions de mieux à faire. Nous avons déchiré son pauvre petit cœur en refusant de partager son repas dominical pour aller dans un musée (voir une expo sur les Romains, ça fait cher en CO2, je sais). Et le pire, c’est qu’il nous pardonnera.

Rio.

13 mars 2012

Les adieux ont fini de s’éterniser. La Réunion s’efface, la métropole n’est qu’une lointaine destination. Bref, nous marchons un instant entre les mondes.

Et quelle meilleure représentation de cette zone frontière (un duty free, quoi), que Rio, la tentaculaire, la ville aux mille visages ? (ouais,  ça marche avec toutes les capitales).

Alors, ce qui est bien, c’est que nos regards impartiaux d’occidentaux de l’est, bien pensants et bien nourris, nous permettent de voir au-delà des a priori, des caricatures forgées par des esprits étriqués, jaloux ou mesquins.

Dès le premier jour, notre voyage sent l’aventure : ça va être « roots » ; à l’aéroport, nous négocions avec acharnement un taxi pour nous amener chez Olivier, sentiment de fierté de l’occidental supérieur, négociateur accompli. Ouais, on s’est fait avoir.

Puis, nous arrivons chez des amis d’Olivier, qui étaient en vacances, lui laissant leur coquet appartement pour quelques jours. Dès le taxi, nous guettions les coups de feu, cherchions des yeux les mitraillettes, et les affrontements entre gangs ; la pauvreté et la violence, propres, selon certains, à la ville de Rio. Ben franchement, dans le petit appartement avec vue sur la mer de Copacabana, on les ressent pas trop : y a bien deux trois vendeurs de rue qui ont essayé de nous vendre des empanadas,  mais sans même nous menacer, ou nous empoisonner.

Question favelas, le taxi nous mena directement dans l’appartement des miséreux, à Copacabana.

Immeubles avec barreaux de la taille de mes bras (ou plutôt de mes jambes, d’ailleurs, vus mes bras), gardiens aux entrées, et Olivier, qui nous avait préparé café et petit déjeuner, nous présenta le quartier, et nous mena sur la plage d’Ipanema (c’est comme celle de Copacabana, mais en mieux). Chaises longues et parasol, l’aventure commence, enfin !

La plage d’Ipanema, ça fait un peu cour des miracles : chacun doit y exhiber avec fierté ses attributs les plus intimes, à l’aide de ficelles et de shorts trop petits. Le mien était à ma taille, trop grand, quoi. Chaque partie mise à nue est évaluée, caressée par un millier de regards. On comprend mieux que tout le monde ait recours à sa médecine pour améliorer son quotidien : jogging (sur le sable, sinon, c’est tricher), tractions en plein air, de jour comme de nuit (si si), seins trop tendus pour être honnêtes, fessiers réhaussés, pectoraux protéinés (90D minimum).

Il y a une sorte de concurrence entre les fesses des filles et les pectoraux des mecs, semble-t-ïl ; oui, parce qu’on nous avait parlé du cul des brésiliennes, nous affirmant qu’il n’en n’existait pas de plus beaux, et qu’il serait aisé de le constater, vu leur propension à les mettre en valeur. Bon, déjà, je dois le confesser (hi hi), effectivement, nous avons vu des culs. Beaucoup de culs. Presque trop de culs. Sur la plage d’Ipanema, ils nous sautaient presque dessus, pour enserrer nos visages entre deux fesses trop musclées. Pas de culs flasques, imterdits, mais plutôt de gigantesques fessiers aptes à se mouvoir grâce à des muscles tonifiés, excités par des heures de labeurs quotidiennes.

Etrangement, les gens ne nagent pas : ils ne se jettent à l’eau que pour en sortir immédiatement, humides, s’arrêtant un instant pour secouer leur crinière gorgée d’eau dans l’air marin, laisser les goutelettes perler sur leurs pectoraux surgonflés (Adi m’a dit qu’elle aimait pas ça. Elle m’a aussi dit que je devrais me remettre au sport), ou pour tendre leurs fesses aux vagues qui nettoient admirablement les ficelles ensablées (j’ai l’image dans ma tête, elle revient souvent sans sollicitation aucune. Un bug cervical, sans doute).

Les jours suivants, nous avons continué à visiter les points touristiques de la ville. D’abord, le pain de sucre. Deux téléphériques successifs y mènent. Par pingrerie, ou par souci d’économie,on avait décidé d’éviter le premier, et de se taper à pied les 300 m. de dénivellé à pieds. Ça nous permettait de plus de constater à quel point Rio se marie avec la nature : la forêt est bien là, dans la ville, indomptée, avec ses lianes et ses singes (non, pas les Brésiliens, des vrais singes). Bref, nous crapahutâmes pour arriver enfin au second téléphérique, achetâmes nos tickets, et montâmes dans la bête qui devait nous mener au ciel.Elle ne monta pas. Elle redescendit. On s’était planté de téléphérique. Là, il faut admirer Adi, qui, ignorant les supplications de mon ventre, et mes multiples jérémiades, parvint à me convaincre de remonter immédiatement, à pied naturellement. Si y en a qui veulent faire le pain de sucre, on peut vous expliquer, on connaît bien.

Le lendemain, on est allés voir Jésus. Il habite là-haut, sur la colline.Parce que Rio, c’est quand même un lieu où, où qu’on soit, on est sous le regard du ressucité. Le Big Brother ultime, quoi. Bon, forcément, les marchands sont dans le temple, les langues sont mélangées, et je parierais pas que personne ne loue le lieu les nuits de pleines lunes pour organiser des orgies sataniques.

On s’est bousculés, on a regardé Rio avec le fils de l’autre (30 mètres de haut quand même, pas ostentatoire, mais presque), et on est redescendus.

Le soir, on a fait une autre sorte de communion religieuse, autour de la musique : concert impromptu à un carrefour, où se retrouvent un millier de personnes, qui chantent et dansent ensemble, mêlant alcool et sueur, mateurs et matés, succombant chacun à un rythme comme il se doit entraînant. Il faut le dire, les Brésiliens ont ces yeux rieurs qui valent mieux qu’un sourire, et qui illuminent les visages et les nuits de Rio. Les gens se touchent, les connaissances s’embrassent, les inconnus se frõlent et se caressent. Ouais, c’était pas toujours facile pour moi.